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De la fécondité à l’érotomanie ou comment discréditer une figure de pouvoir féminine.

La reine Stratonice, la fille du roi Démétrios Poliorcète, épouse en 291 av. notre ère Antiochos I, l’héritier du trône séleucide. Dix ans plus tard, Antiochos I succède à son père et Stratonice prend place au cœur du pouvoir. Stratonice forme désormais avec son époux et son fils le noyau de l’autorité royale séleucide. Elle prend part de manière individualisée au pouvoir et représente en tant qu’épouse du souverain en exercice et mère du roi-héritier l’assurance de la stabilité et de la continuité du pouvoir royal séleucide.

Afin de diffuser cette « fonction » de la souveraine, le pouvoir séleucide met explicitement en avant les qualités reproductives de Stratonice en l’associant à des divinités reconnues pour leurs compétences fécondatrices (Erûa en Babylonie et Aphrodite en Asie mineure).

Ce portrait politique de la reine-féconde est amplifié dans la littérature d’époque romaine. En effet dans l’Histoire naturelle de Pline l’Ancien, Stratonice refuse de faire dépendre un tableau qui la représente en pleins ébats amoureux avec son amant — un pêcheur — tant les personnages sont fidèlement représentés. Quant à Lucien dans la déesse syrienne, il décrit la reine exigeant des faveurs sexuelles de l’un des amis de son époux. De mère — génitrice de l’héritier royal dans le discours politique séleucide — Stratonice devient donc putain dans la littérature d’époque romaine. Comment expliquer ce glissement?

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